Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Clermont-Ferrand

Entretien avec Francis Cinget, PDG de FC Design.

Francis Cinget, PDG de FC Design et parrain de la promotion 2009 de l’ENSCCF, répond à nos questions dans un entretien exclusif.

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Quel est votre parcours académique ?

Des l’âge de 15 ans, j’ai commencé à étudier la chimie au lycée technique Libergier de Reims. A cette époque, il était très difficile de rentrer à l’université avec un baccalauréat technique en poche. D’ailleurs, quand 3 ans plus tard je suis rentré à l’université des sciences de Nantes en première année de DEUG afin d’élargir mes connaissances scientifiques, j’étais le seul à posséder un baccalauréat de technicien chimiste sur une promotion d’environ 500 étudiants. Néanmoins, cela ne m’a pas empêché de poursuivre avec succès une licence et une maîtrise de chimie dans la même université. C’est justement pendant cette période que le Prof. Jean Rouxel (fondateur de l’institut des matériaux de Nantes) m’avait fortement conseillé à plusieurs reprises de faire une demande pour rentrer sur titre en deuxième année d’une école d’ingénieur chimiste. Après quelques mois de réflexion, je profitais de mon année sous les drapeaux (en tant que comptable !) pour passer à l’acte et finalement découvrir l’ENSCCF, et obtenir 2 ans plus tard le diplôme d’ingénieur chimiste ainsi que le DEA de chimie. Cette formation a été très complémentaire par la qualité et la diversité des enseignements scientifiques et non scientifiques, m’a permis de me rapprocher progressivement du milieu professionnel suite à mon stage ingénieur dans l’industrie pharmaceutique chez Roussel-Uclaf à Vertolaye (Sanofi-Aventis), et d’être embauché par le CEA en Contrat de Formation par la Recherche pour 3 ans afin de pouvoir préparer mon doctorat de chimie au Centre d’Etudes Nucléaires de Grenoble.

Quand avez-vous réalisé votre première expérience à l’étranger ?

Jusqu’alors, j’avais poursuivi la totalité de mon cursus en France. Néanmoins, suite à mon intérêt croissant pour la recherche dans les glycotechnologies (cours de chimie des glucides par le Prof. Jacques Gelas à l’ENSCCF, puis séjour doctoral de 3 ans dans le laboratoire du Prof. Didier Gagnaire au CENG), ma première expérience à l’étranger fut d’abord un séjour post-doctoral de 2 ans dans le sud de l’Allemagne (laboratoire du Prof. Richard Schmidt de l’université de Constance). A cette époque, le pays venait juste d’être réunifié, et il était de bon ton de partir aux Etats-Unis ou en Angleterre, plutôt qu’en Allemagne. Le financement de ce projet avait été rendu possible grâce à l’obtention d’une bourse internationale de recherche de la région Rhône-Alpes pour une année, prolongée par le gouvernement allemand pour une année supplémentaire. L’excellence de ce laboratoire attirait des jeunes chercheurs du monde entier, et notamment du Japon. Les liens d’amitiés qui se liaient avec mes collègues japonais ainsi que les visites régulieères d’éminents chercheurs japonais me conduisaient tout naturellement à m’intéresser à ce pays si lointain dont je ne connaissais absolument rien. Suite à l’invitation du Prof. Tomoya Ogawa, spécialiste des glycosciences à l’institut RIKEN de Saitama (banlieue de Tokyo), puis à une sélection scientifique du CNRS en France, le financement de ce deuxième éjour de 2 ans a l’étranger avait pu être financé par l’Agence pour la Science et la Technologie. La réputation de ce laboratoire était telle que les entreprises pharmaceutiques japonaises y envoyaient chaque année un jeune collaborateur pour se perfectionner. Ce petit réseau de collègues japonais issus de l’industrie pharmaceutique et ayant aussi une passion pour les glycotechnologies me conduisait tout naturellement à des entretiens d’embauche à Osaka (berceau historique de la pharmacie japonaise), notamment chez Sumitomo Pharmaceuticals (Dainippon Sumitomo Pharma).

A quel moment avez-vous décidé votre projet de création d’entreprise ?

Cette expérience unique de 16 ans en recherche, dont 13 ans à l’étranger (2 ans en Allemagne et 11 ans au Japon), et presque 9 ans dans l’univers très fermé des entreprises japonaises traditionnelles, m’a directement conduit à créer ma propre société de conseils et prospection du marché pharmaceutique japonais (SynphaTec Japon. Co., Ltd.). En effet, quand j’étais chercheur, nous recevions régulièrement des sociétes étrangères qui venaient nous rendre visite afin de proposer leurs nouveaux produits et/ou services. Néanmoins, malgré l’excitation observée à chaque fois lors des rendez-vous préliminaires, très peu de contrats étaient finalement signés et le soufflé retombait très vite, eu égard a la quasi-ignorance des acteurs quand à la complexité des processus de décision au Pays du Soleil Levant. L’idée de départ était donc de combler un vide en créant un pont scientifique entre la France et le Japon, afin de pouvoir aider ces jeunes sociétés dans leurs efforts de prospection et de les accompagner jusqu’à la réussite globale de leurs affaires au Japon. Assez rapidement, je me suis aperçu que ce pont allait faire des envieux, et que certaines jeunes sociétés européennes étaient déjà prêtes à l’emprunter alors qu’il n’était encore qu’en construction. De plus, le choix d’une sélection judicieuse de jeunes sociétés offrant des produits et/ou services complémentaires me permet non seulement de construire progressivement une offre R&D unique au Japon, mais aussi de renforcer considérablement mes réseaux d’affaires au quotidien, tant au Japon qu’en Europe. D’ailleurs, ce nouveau modèle économique me permet même de travailler maintenant avec d’anciens copains allemands.

Selon vous, quelle est la définition de l’ingénieur idéal aujourd’hui ?

Je pense qu’il possède d’abord une formation technique de base solide et diversifiée, comme par exemple celle dispensée à l’ENSCCF. Ensuite, il a completé cette formation par plusieurs expériences réussies dans des départements différents (recherche, développement, production, marketing, vente, planning, stratégie, communication…). Mais quel que soit le domaine de prédilection, il sait écouter correctement (“effective listener”) pour mieux comprendre les besoins de ses collaborateurs et/ou de ses clients. Il est suffisamment ouvert et flexible pour relever les défis qui se présentent à lui les uns après les autres, et très innovant pour se positionner rapidement comme un générateur d’idées et de concepts nouveaux. Comment situez-vous le métier de l’ingénieur dans un contexte international ? Ce qui a été dit plus haut est toujours vrai, mais avec encore beaucoup plus d’intensité : “very effective listener”, très ouvert, très flexible, très innovant… En plus, il doit avoir été confronté à des environnements de travail hostiles et connaître plusieurs pays, cultures, langues. En bref, il doit être capable de travailler au quotidien avec des personnes ayant des formations différentes, des expériences différentes, des niveaux intellectuels différents, des espaces temporels différents, des visions différentes… En bref, il doit être le challenger dans chaque situation, a chaque instant.

Quel est l’apport de l’école et que pourrait-elle apporter en plus ?

Il est évidemment fondamental que l’école puisse continuer à développer l’enseignement des matières scientifiques et non scientifiques, parallèlement à l’intensification de son ouverture a l’international, et notamment en Asie. Il est également important qu’elle puisse continuer a recruter des élèves d’horizons très différents, et d’accroître ou de renforcer ses contacts avec des entreprises du monde entier. En plus de quelques autres langues européennes, les ingénieurs et scientifiques français du XXIe siècle parleront de plus en plus japonais, chinois, russe, arabe…

Quel message donneriez-vous aux élèves et aux jeunes diplômés ?

Aux élèves, je leurs conseille de profiter de la jeunesse de leur cerveau pour apprendre et comprendre facilement un maximum de connaissances dans des domaines différents. Aux jeunes diplômés, je leurs dis qu’une formation de base vient de s’achever et qu’une autre va commencer pour durer tout au long de leur vie. Profitez du début de cette période pour vous perfectionner dans les domaines qui vous intéressent, mais aussi pour diversifier votre expérience. Ensuite, faites-vous plaisir dans votre métier en y injectant vos passions. Aussi, n’attendez pas d’avoir besoin de vos réseaux pour les entretenir, voire les construire. Un réseau, ça se construit tout au long de la vie. Enfin, n’hésitez surtout pas à être pionnier, fondez votre propre entreprise car les métiers de demain sont a créer maintenant !

Quel sont les opportunités offertes par le Japon ?

Les opportunités offertes par ce pays, resté isolé du reste du monde pendant presque 3 siècles, sont de plus en plus nombreuses pour un scientifique étranger. Par ailleurs, les standards d’affaires sont très élevés, si bien que réussir au Japon peut être considéré comme un visa de qualité pour conduire des affaires dans n’importe quelle autre partie du monde. Néanmoins, la plupart des étrangers occidentaux rencontrés ici n’ont qu’une envie : rester dans ce pays pour y développer un projet professionnel. Même si les codes de fonctionnement de la société japonaise sont très complexes à assimiler au début pour un nouvel arrivant, les japonais seront débordants de gentillesse pour faciliter votre adaptation.